Le Citron 1 & 2

Le Citron  

« Le Citron 1 » (développé sous Mobilizing, modèle le diorama)
« Le Citron 2 » (développé sous Vuforia, la réalité augmentée)
mai, 2013, pour les projets d’un livre numérique expérimental
 
Dans le cadre de la recherche sur les livres numériques expérimentaux, ces deux projets jumeaux proposent une nouvelle forme de lecture de la nouvelle intitulée « Le Citron » (1924) de Motojiro Kajii, écrivain de génie à l’époque de Taishô. Motojiro Kajii naquit en 1901 et mourut d’une pneumonie en 1932 à l’âge de 31 ans. L’histoire « Le Citron » écrite quand Motojiro avait 21 ans est un texte étrange. Il manque de cohérence et montre un air de décadence, toute fois, dévoile une vision sensible du monde, une sensibilité subtile, et des interprétations précises de l’auteur.

Il souffrit de la pleurésie ensuite de la catarrhe chronique, et décéda sans se guérir. Déchiré entre les sentiments contradictoires : une passion de la littérature qu’il n’atteignait qu’au travers d’une vie décadente, mêlé à  un sentiment de rédemption apporté par sa mère qui le soutenait. Motojiro finit ses cinq années d’étude au lycée et commença ses études de la littérature anglaise à l’Université de Tokyo (l’actuelle Todai). Son style d’écriture est complexe et riche par la coexistence de l’ensemble des traits antonymes, comme sophistiqué, paisible à la fois mélancolique. Il n’était pas écrivain naturaliste ni esthéticien. Ses ouvrages souvent influencés par l’esthétique occidentale semblent être une autofiction, cependant il est toujours impossible de les définir.

 

Le choix du texte s’est fait, d’une part pour sa valeur artistique impérissable de l’ouvrage « Le Citron », d’autre part pour certaines caractéristiques de style chez Kajii/ Motojiro qui convenait à mes intérêts à propos de la littérature traduite. Employant un vocabulaire unique, son texte est basé fondamentalement sur une ambiance de l’époque et la culture, traitant des thèmes personnels. Que se passe-t-il dans la relation entre le texte original et traduit, quand ce texte sera traduit et deviendra autonome dans une autre langue complètement différente ? Je m’intéressais à ce point-là.

Dans la vie contemporaine, nous vivons en bénéficiant de développements impressionnants des systèmes de traduction, comme certains logiciels qui permettent de traduire des textes en temps réel. Cela modifie la signification et la position de la littérature traduite. En outre, l’accélération des techniques pour l’archivage numérique des livres bouleverserait aussi ses modalités.

Néanmoins, il va de soi que la littérature traduite n’existe qu’avec les textes originaux. Même si, grâce aux systèmes de traduction sur le réseau, on a l’impression que la littérature traduite soit parfaitement transparente et superposée sur le texte original, ces deux textes sont fondamentalement différents bien qu’ils n’existent qu’ensemble, et qu’ils ne s’oublient ni abandonnent jamais.

 

D’abord, dans « Le Citron 1 », deux textes de différentes langues superposées jouent un rôle important, dans « Le Citron 2 », les lecteurs auront deux informations différentes : média sonore et texte mobile.

 

Dans « Le Citron 1 », nous sommes embarrassés par l’illisibilité des textes et finirons par en choisir un. Les images de fond en tant qu’information visuel représentent une atmosphère ou bien une scène de pages. Quand nous glissons sur la page noire à droite, il n’y a qu’un texte japonais, sans possibilité d’obtenir un texte compréhensible pour les lecteurs francophone. La traduction est un travail du « temps » où le traducteur prend un moment suffisant pour s’immerger dans l’univers de cet auteur et retrouver petit à petit son récit dans un autre système linguistique. Nous, les lecteurs, partageons ce temps indispensable afin d’atteindre un autre ouvrage « Le Citron » qui viendrait de naître, devenu autonome.

Dans « Le Citron 2 », les lecteurs seront invités à faire une expérience de lecture consistant en deux différentes actions synchronisées. Quand les mêmes images de fond que « Le Citron 1 » seront captées par l’écran de l’iPad, ces images en noir et blanc se rendent en couleur, puis, la voix du déclamateur et le texte mobile simultanément commencent. Nous pourrions quitter la page commencée, cependant, il n’est pas possible de choisir une de ces deux actions, ni de revenir en arrière pour récupérer la partie déjà disparue de l’écran même si nous n’avons pas réussi à de le capter. Ce qu’il existe là est une histoire unique, « Le Citron » reconstitué différemment que l’original…

 

(Miki OKUBO)